Collge, prison d'Etat ? un titre provocateur pour une rŽflexion de type
analytique sur ce que produit aujourd'hui la politique du collge unique : ni
un Žtat des lieux de l'ƒducation nationale, ni un projet de rŽformes lourdes,
ce livre se propose d'analyser la consŽquence sur chacun ( Žlve, enseignant,
mais aussi, tout simplement, citoyen) de la pratique, en collge, d'un
enseignement inadaptŽ aux deux tiers de son public.
Si j'ai choisi de faire un constat psychologique, c'est qu'il me
semble crucial que le grand public, et non plus seulement les spŽcialistes de
l'Žducation, ait connaissance de ce que produit l'Žchec scolaire. Loin de moi
l'idŽe de nier les rŽalitŽs sociologiques, qu'elles passent par les consŽquences
destructrices de la crise Žconomique sur les familles, par la difficultŽ de
construction d'un avenir pour nos adolescents ; mais dans le mme temps, la
rŽapparition de l'illettrisme et le dŽveloppement de la dŽlinquance juvŽnile
posent question.
Et si cet accs aux Žtudes soi-disant pour tous Žtait un ignoble
mensonge qui masque une rŽalitŽ sordide : l'augmentation de la fracture sociale
? Et si le collge unique Žlargissait encore le fossŽ entre l'Žlite
intellectuelle et le reste de la sociŽtŽ ?
Accepter les rgles d'une structure Žducative, c'est facile
lorsque l'on rŽussit, mme si Žventuellement on s'ennuie en classe. Mais en cas
d'Žchec scolaire, le quotidien devient un long supplice qui peut gŽnŽrer une
rŽvolte psychologique extrmement dangereuse. A l'‰ge fragile o les
adolescents construisent leur identitŽ, quelle folie de les confronter ˆ leur
soi-disant nullitŽ ! Comment s'Žtonner ensuite que la violence, la
dŽlinquance, la drogue et la destruction de soi prennent possession de tant de jeunes
?
Le collge, aujourd'hui, est un lieu d'enfermement, de contrainte
de corps et d'esprit, d'o l'on ne peut s'Žchapper que par l'illŽgalitŽ ou le
rve : j'en fais l'inventaire, et j'analyse comment l'adolescent est conduit ˆ
vivre dans un monde virtuel, o mme le professeur est "imaginaire" !
Tout au long de ce livre, je dŽveloppe un propos qui met en jeu
aussi bien les Žlves que les enseignants. Car ces derniers ne sortent pas
indemnes de leur confrontation ˆ l'Žchec scolaire devenu leur propre Žchec.
S'ils n'ont pas les moyens, malgrŽ les efforts Žvidents d'un certain nombre
d'entre eux, d'amŽliorer la situation, c'est que mme les meilleures tentatives
pŽdagogiques ne servent qu'ˆ camoufler l'inadŽquation entre les contenus
enseignŽs et leur public, ainsi que d'autres, avant moi, l'ont constatŽ.
Mais s'ils Žchouent, c'est aussi pour une autre raison : devenus malgrŽ eux les
rŽceptacles de l'opposition adolescente, ils doivent gŽrer une relation de
transfert, au sens psychanalytique du mot, sans occuper pour autant la place du
thŽrapeute, et sans avoir mme connaissance de gŽnŽrer ce type de relations
avec leurs Žlves. Ils ignorent aussi, ou veulent ignorer, que lÕautoritŽ
ÒculturelleÓ de la tŽlŽvision a remplacŽ, dans bien des familles, lÕautoritŽ du
pre, et quÕelle se substitue ˆ lÕimage du ma”tre dŽtenteur de savoir :
celui qui sait, ce nÕest plus le professeur, cÕest le petit Žcran !
Les changements sont longs ˆ venir, parce qu'ils cožtent de
l'argent ; mais, en plus, ils remettent en question notre culture officielle du
livre. Ma rŽflexion s'achve donc sur une interrogation : face aux gŽnŽrations
d'illettrŽs que le collge est impuissant ˆ former, ne vit-on pas une mutation
culturelle o le livre ne serait que le fait d'une Žlite minoritaire, le
citoyen moyen voyant sa lecture et son Žcriture relayŽe par une technologie
Žlectronique en perpŽtuelle Žvolution ? Dans ce cas, notre enseignement,
consacrŽ exclusivement ˆ la "chose Žcrite-chose lue" deviendrait
obsolte. Ce n'est pas ce que je souhaite, mais, ˆ ignorer la rŽalitŽ de
terrain, nos ministres encouragent peut-tre cette mutation !
Marianne Chouchan.
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prison dÕEtat ?